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RICHARD HUDSON ET INCEPTION GALLERY

Oslo inaugure Ekebergparken, un jardin de sculptures

Signature : Frank Claustrat - 14 octobre 2013

À Oslo, exposer la sculpture en plein air est une tradition.richard hudson et inception gallery

Au nord-ouest, les 212 statues en granit et en bronze réalisées par le Norvégien Gustav Vigeland (1869-1943) font depuis longtemps la fierté du parc Frogner. Au sud-est, le parc Ekeberg-inauguré le 26 septembre dernier-dévoile, lui, 31 oeuvres de la collection Christian Ringnes. L'objectif d'Ekebergparken est de rassembler d'ici cinquante ans 80 productions d'artistes internationaux comme James Turrell ou Marina Abramovic.

Surplombant le rivage, Ekebergparken est un lieu unique, propre à la contemplation et à la création. L'endroit se situe au sommet d'une colline boisée encore sauvage. D'un côté, on domine le fjord d'Oslo avec ses eaux étincelantes, de l'autre, Bjørvika, un quartier en pleine mutation où trône depuis 2000 l'Opéra, construit par l'agence Snøhetta. À l'horizon, sur la gauche, on aperçoit même la silhouette aérienne du musée d'art moderne Astrup Fearnley, conçu par Renzo Piano en 2012. Mais Ekeberparken c'est aussi l'environnement qui inspira un chef-d'oeuvre au peintre Edvard Munch, Le Cri (1893), icône mondiale de l'art moderne.

Officiellement, la ville d'Oslo, propriétaire du terrain de 26 hectares, longtemps négligé, présente Ekebergparken comme un musée à ciel ouvert où dialoguent « art, histoire, nature ». Réveiller la mémoire du lieu et mettre en place un programme pédagogique centré sur la biodiversité constituent une part du travail d'Ina Johannesen, directrice de l'institution. Mais participer à l'enrichissement de la collection de sculptures offerte à la commune par l'homme d'affaires norvégien Christian Ringnes - à l'origine du projet et de la Fondation C. Ludens Ringnes (créée en 2003) - est essentiel sur le plan touristique.

Un parcours foisonnant, un goût éclectique
Du centre d'Oslo, il ne suffit que d'une dizaine de minutes pour atteindre Ekebergparken en tramway (lignes 18 et 19). Deux arrêts sont possibles : Oslo Hospital (en bas de la butte) ou Sjømannskolen (au sommet). Les itinéraires mènent obligatoirement au Restaurant Ekeberg (dont le propriétaire est aussi Christian Ringnes), construit par Lars Backer en 1927-1929 dans le style fonctionnaliste. À l'intérieur du bâtiment fraîchement rénové, on peut découvrir dans le hall une scène de villégiature qui résume la philosophie du parc : un Déjeuner sur l'herbe (1934) du peintre norvégien Per Krohg (1889-1965), grand admirateur de Francis Picabia à l'époque.

À proximité du restaurant, quelques sculptures en bronze prouvent combien Christian Ringnes a d'abord été attiré par les modernistes « classiques », comme Renoir (Vénus Victrix, 1914-1916, La Grande Laveuse, 1917), Rodin (Eve, Cariatide à l'urne) et Maillol (Nu sans draperie). Ces oeuvres-là (dont les éditions ne sont curieusement pas toujours indiquées sur les cartels) en font oublier d'autres, d'un style franchement mièvre ou trivial : Réflexions du Belge Guy Buseyne (né en 1961), et Marilyn (2010) du Britannique Richard Hudson (né en 1957). En 2014, Reclining Woman (2004) du Colombien Fernando Botero, pourrait rejoindre cet ensemble dédié à l'idéal féminin. Par sa vision critique, Sean Henry (né en 1965) se détache du lot. Avec Walking Woman (2008), l'artiste anglais surprend par la technique (bronze peint) et les proportions surdimensionnées de cette image relevant du post-humanisme (217 x 76 x 125 cm).

L'un des moments attendus à Ekebergparken est la confrontation avec les oeuvres nordiques. Côté norvégien, le résultat étonne, voire déçoit. Per Ung (1933-2013), avec Mère et enfant (bronze figuratif, non daté), laisse perplexe par son absence de caractère. Dyre Vaa (1903-1980) retient l'attention pour son inspiration littéraire fantastique : Huldra (bronze, années 1930) est un personnage mi-animal mi-féminin digne de contes de fées. Hilde Mæhlum (née en 1945) fait, elle, preuve d'une indéniable virtuosité technique avec Visage concave (non daté). Reste heureusement Aase Texmon-Rygh (née en 1925), la grande dame du modernisme norvégien dans le genre abstractisant (Möbius trippel, 1998). L'engagement féministe se manifeste chez une artiste suédoise plus connue, Ann-Sofi Sidén (née en 1962). Fideicommissum (bronze-fontaine, 2000) montre une femme accroupie soulageant un besoin naturel, soit une posture provocatrice censée indiquer les limites d'une propriété tout en dénonçant la loi (scandinave) qui donne le droit d'aînesse aux garçons.

L'esprit du surréalisme domine une autre partie de la collection Ringnes. D'ailleurs, c'est une Vénus de Milo aux tiroirs (1936) de Salvador Dali, qui accueille le visiteur, côté Kongsveien. Le rêve, le subconscient et le sexe inspirent aussi les artistes norvégiens. Knut Steen (1924-2011) sculpte des visages drapés dans le marbre (Drømmersken, non daté). Per Inge Bjørlo (né en 1952), avec Indre rom VI-livsløpet (ca 2013)-une installation axée sur le cycle de la vie-nous invite à pénétrer dans un corps caverneux. L'Américain Matt Johnson (né en 1978), en revanche, fait de la sculpture un tour de magie avec Levitating woman (bronze, 2012), alors que The Couple (2003) de Louise Bourgeois (1911-2010), suspendu entre des chênes ancestraux, hante à merveille le coeur même d'Ekebergparken.

La collection Christian Ringnes compte encore des pièces monumentales. Deux artistes anglais expérimentent avec succès le cinétisme et le mobile : George Cutts (né en 1938), avec The dance (2012-2013), deux tiges ondulées qui s'élancent dans le ciel, et Lynn Chadwick (1914-2003), avec Age of Diamonds, tout en volumes géométriques. Tony Cragg (né en 1949) opte, lui, pour des formes allusives, organiques et dynamiques (Cast Glances, 2002, bronze, 240 x 190 x 160 cm). Open Book (2010) de Diane MacLean, parfaitement inscrit dans le paysage avec ses parois réfléchissantes, fait par ailleurs figure d'oeuvre environnementale efficace.

À Ekebergparken, la néo-avant-garde se révèle avec des artistes américains ou vivant aux États-Unis. Dan Graham (né en 1942) réinvente les folies des parcs anglais ou « maisons de plaisance », avec Pavillion (2010-2013), en verre et métal. Avec Sky Space, une architecture souterraine, James Turell (né en 1943) convie les visiteurs à vivre l'expérience de la lumière si particulière à l'aube et à l'aurore. Stone Carvings (2010-2013), de Jenny Holzer (née en 1950), fait écho aux gravures rupestres datant de l'Age du Fer (-10.000 ans) que l'on trouve dans le parc, à proximité de Sjømannskolen. Enfin, l'installation de Sarah Sze (née en 1969), qui sait attirer les oiseaux, revêt un caractère écologique parfaitement approprié au lieu (Still Life With Landscape/Modell For A Habitat, 2011-2012).

Ce sont malgré tout les formes les plus contemporaines de la sculpture qui illustrent le mieux la mission d'épanouissement du visiteur que Christian Ringnes souhaite donner à Ekebergparken. L'installation multimédia a par exemple été choisie par Tony Oursler (né en 1957) pour Klang. Les images et le son diffusés par cette oeuvre à demi enterrée racontent l'aventure de l'humanité, de la préhistoire aux temps hypermodernes. Ou encore, The Scream (2013) de Marina Abramovic (née en 1946), une oeuvre performative « thérapeutique » limitée à un simple cadre métallique fixé dans le sol. Le promeneur est invité à se planter devant et à faire une expérience interdite par les relations sociales : crier jusqu'à s'époumoner, comme pour mieux se libérer de ses propres démons.
 

 

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